Lunettes en bois, ricin ou filets de pêche : vraie écologie ou Greenwashing ?
La véritable performance écologique d’une monture de lunettes ne dépend pas de son origine « naturelle », mais de sa durabilité, de sa réparabilité et de la transparence de son cycle de vie complet.
- Une monture en plastique durable et fabriquée localement peut avoir une empreinte carbone inférieure à celle d’une monture en bambou importée.
- Les termes « biosourcé » et « biodégradable » sont souvent trompeurs : le premier ne garantit pas une fin de vie écologique et le second exige presque toujours un compostage industriel inaccessible au consommateur.
Recommandation : Pour un choix éthique, analysez l’équation complète : privilégiez la durabilité (combien d’années la garderez-vous ?) et la transparence de la filière plutôt que la seule étiquette « verte » du matériau.
Face au rayon de votre opticien, le choix est devenu un véritable casse-tête éthique. D’un côté, les montures en bois, bambou ou bio-acétate vous promettent une conscience tranquille. De l’autre, des options plus classiques, parfois fabriquées localement. L’intention est louable : réduire votre empreinte carbone. Mais entre les allégations marketing séduisantes et la réalité complexe du cycle de vie d’un produit, il est facile de tomber dans le piège du greenwashing. On vante les mérites des matériaux « naturels » et on diabolise le plastique, sans jamais poser les bonnes questions.
Les solutions habituelles consistent à se fier aux étiquettes « éco-responsable », « recyclé » ou « biosourcé ». Pourtant, ces termes cachent des réalités très différentes. Une monture peut être fabriquée à partir de filets de pêche, mais quels types de filets ? Une autre peut être en bois, mais d’où vient-il et comment est-il traité ? Mais si la véritable clé n’était pas l’origine brute du matériau, mais plutôt une équation complexe incluant sa durabilité, sa réparabilité, son lieu de fabrication et sa fin de vie réelle ? Et si une monture en « plastique » bien conçue et gardée dix ans était finalement un meilleur choix écologique qu’une monture « verte » jetable venue de l’autre bout du monde ?
Cet article propose de déconstruire les mythes et de vous donner une grille d’analyse rigoureuse. Nous allons explorer les alternatives les plus crédibles, démystifier les fausses bonnes idées, et comprendre comment la durabilité et la transparence de la filière sont les véritables piliers d’un choix éco-responsable. Vous découvrirez pourquoi il est parfois préférable de choisir une monture en plastique fabriquée en France et comment le recyclage s’organise concrètement, pour que votre prochain achat soit un acte de consommation véritablement éclairé.
Pour vous guider dans cette analyse, cet article est structuré pour répondre aux questions essentielles que tout consommateur soucieux de son impact devrait se poser. Voici les points que nous allons aborder pour faire la lumière sur la véritable écologie en lunetterie.
Sommaire : Déchiffrer le vrai du faux dans les lunettes écologiques
- Pourquoi le Rilsan (huile de ricin) est-il l’alternative biosourcée la plus crédible ?
- Comment ajuster des lunettes en bois rigide sans les casser ?
- Quelle marque transforme vraiment les déchets marins en montures solides ?
- L’erreur de croire que vos lunettes « bio » peuvent être jetées dans le compost
- Quand vaut-il mieux une monture plastique fabriquée en France qu’une bambou venue de Chine ?
- Comment l’Europe va-t-elle imposer un pourcentage de matière recyclée dans les montures ?
- Comment transformer des verres solaires en bijoux ou objets d’art ?
- Recyclage lunettes : que faire de vos vieilles paires rayées ou cassées ?
Pourquoi le Rilsan (huile de ricin) est-il l’alternative biosourcée la plus crédible ?
Dans la quête d’alternatives au plastique pétrosourcé, un matériau se distingue par sa performance et la maturité de sa filière : le Rilsan® PA11. Il ne s’agit pas d’une nouveauté marketing, mais d’un polyamide de haute technicité, entièrement dérivé de l’huile de ricin. Contrairement à de nombreuses options « vertes », sa production est industrialisée à grande échelle et maîtrisée depuis des décennies. Cette crédibilité repose sur des propriétés exceptionnelles : il est léger, flexible, résistant aux produits chimiques et aux chocs, ce qui en fait un candidat idéal pour des montures à la fois durables et confortables. Sa culture en Inde, sur des terres arides non concurrentielles avec les cultures vivrières, ajoute un argument social et environnemental non négligeable.
L’ampleur de sa production témoigne de sa viabilité. En effet, avec une production conséquente, le Rilsan est aujourd’hui le polymère biosourcé de spécialité le plus produit au monde. Comme le souligne Kevin Hanrahan, Directeur marketing des Polymères Techniques chez Arkema, « Le Rilsan® PA11 est aujourd’hui reconnu comme l’un des polymères de spécialités les plus performants au monde ». Cette reconnaissance par l’industrie est un gage de qualité qui le différencie des matériaux expérimentaux ou de niche. En choisissant une monture en Rilsan, le consommateur opte pour une solution éprouvée, qui allie origine végétale et haute performance technique, un équilibre rare dans l’univers des matériaux « écologiques ».
Ainsi, loin d’être un simple argument de greenwashing, le Rilsan incarne une voie pragmatique pour réduire la dépendance au pétrole sans sacrifier la qualité et la durabilité, des critères essentiels dans l’équation d’impact d’une paire de lunettes.
Comment ajuster des lunettes en bois rigide sans les casser ?
Les lunettes en bois séduisent par leur esthétique naturelle et leur caractère unique. Cependant, leur principal défi réside dans leur rigidité. Contrairement à l’acétate ou au métal, le bois ne se déforme pas facilement, et un ajustement maladroit peut entraîner une fissure irréversible. L’ajustement est pourtant crucial pour le confort de port. Les opticiens professionnels emploient donc des techniques spécifiques qui demandent patience et précision. L’une des méthodes les plus courantes consiste à utiliser un bac à sable chaud ou un chauffe-montures à air pour ramollir très localement les colles utilisées dans le lamellé-collé, qui constitue la plupart des montures en bois. Cette chaleur contrôlée permet de donner une légère courbure aux branches ou d’ajuster l’angle pantoscopique sans endommager la structure.
La maîtrise de la température est fondamentale. Selon l’essence de bois et le type de colle, il ne faut jamais excéder 60-70°C pour éviter le risque de délamination. Pour faciliter cet exercice, de nombreuses marques intègrent désormais des charnières flexibles (flex) ou une âme métallique discrète à l’intérieur des branches. Ces éléments absorbent une partie des contraintes et permettent un ajustement plus aisé au niveau des oreilles. L’entretien joue également un rôle préventif : l’application régulière d’huile de lin nourrit le bois, maintient sa relative souplesse et prévient l’apparition de micro-fissures dues à la sécheresse. L’ajustement doit toujours être progressif, avec des pauses pour laisser le matériau « travailler » et se stabiliser dans sa nouvelle forme.

Comme le montre cette image, le geste de l’opticien doit être d’une grande délicatesse, combinant la connaissance du matériau et l’utilisation d’outils adaptés. Cette complexité souligne un point essentiel de l’écologie durable : la réparabilité et l’ajustement par un professionnel qualifié sont des facteurs clés de la longévité d’un produit.
Finalement, une monture en bois bien ajustée et entretenue peut durer de nombreuses années, mais cela dépend fortement du savoir-faire de l’opticien et de la conception initiale de la monture.
Quelle marque transforme vraiment les déchets marins en montures solides ?
L’idée de transformer les déchets plastiques qui polluent nos océans en objets utiles et désirables est puissante. Plusieurs marques de lunettes se sont positionnées sur ce créneau, promettant des montures issues de « plastique marin ». Cependant, derrière cette appellation se cachent des réalités très différentes. Le « plastique marin » est un terme générique qui englobe une multitude de polymères dégradés, contaminés et mélangés, la plupart étant inutilisables pour une application technique comme la lunetterie, qui exige solidité, stabilité et anallergénicité. Le véritable succès dans ce domaine ne vient pas de la collecte de débris flottants hétéroclites, mais de la valorisation d’un type de déchet bien spécifique : les filets de pêche abandonnés ou usagés.
Des marques pionnières comme Sea2see ou en France, Fil & Fab, ont développé des filières spécifiques pour collecter ces filets auprès des ports de pêche. Composés majoritairement de nylon (polyamide 6) ou de polypropylène, ces filets possèdent des caractéristiques techniques connues et relativement homogènes. Une fois nettoyés, broyés et transformés en granulés, ils donnent naissance à une matière première de qualité, injectable pour fabriquer des montures robustes. Comme le précise Carole Riehl, fondatrice du label Optic For Good, « Seuls certains plastiques marins, comme les filets de pêche en nylon, sont techniquement adaptés pour créer des montures durables ». Cette spécialisation est un gage de sérieux et de transparence.
Il est donc essentiel pour le consommateur de se questionner : la marque parle-t-elle de « plastique océanique » de manière vague ou identifie-t-elle clairement la source, comme les filets de pêche ? A-t-elle mis en place sa propre filière de collecte ou s’approvisionne-t-elle auprès de fournisseurs certifiés ? La réponse à ces questions permet de distinguer les initiatives industrielles sérieuses, qui créent une véritable économie circulaire, des opérations de communication qui surfent sur l’émotion sans apporter de solution technique viable.
L’upcycling des filets de pêche est une voie prometteuse, mais elle ne doit pas faire oublier que la meilleure solution reste de réduire à la source la production de déchets plastiques.
L’erreur de croire que vos lunettes « bio » peuvent être jetées dans le compost
C’est l’un des malentendus les plus courants et les plus pernicieux entretenus par le greenwashing : la confusion entre « biosourcé » et « biodégradable ». Une monture biosourcée est fabriquée à partir de matières premières d’origine végétale (ricin, bois, coton, maïs…). Cela concerne l’origine du matériau, pas sa fin de vie. Une monture biodégradable, quant à elle, est censée pouvoir se décomposer sous l’action de micro-organismes. Or, cette biodégradabilité est presque toujours conditionnée à un environnement de compostage industriel (température et humidité contrôlées), inaccessible au particulier. Jeter ses lunettes « bio » dans son compost de jardin est donc une erreur majeure.
Prenons l’exemple du bio-acétate, souvent présenté comme une alternative écologique à l’acétate de cellulose classique. Il est fabriqué en remplaçant les phtalates (plastifiants d’origine pétrochimique) par des additifs d’origine végétale. C’est un progrès, mais cela ne rend pas la monture compostable à domicile. Par exemple, des études montrent que certaines lunettes en bio-acétate nécessitent des conditions industrielles spécifiques pour se dégrader jusqu’à 97%. De plus, une paire de lunettes n’est jamais composée à 100% de ce seul matériau. Elle contient des charnières en métal, des vis, des plaquettes de nez en silicone et des vernis de protection en polyuréthane. Ces éléments non-organiques empêchent toute décomposition naturelle et pollueraient le compost.
Le même raisonnement s’applique aux lunettes en bois. Le bois lui-même est bien sûr biodégradable, mais les montures sont assemblées avec des colles époxy et recouvertes de vernis protecteurs qui, eux, ne le sont pas. La seule bonne manière de se défaire de ces lunettes est de les démanteler : séparer les parties métalliques, les verres et la monture pour les orienter vers les filières de recyclage appropriées (filière bois-énergie pour la monture, par exemple). Croire qu’une étiquette « bio » ou « naturel » offre un passe-droit pour une fin de vie simplifiée est une illusion qui dessert la cause écologique.
La véritable responsabilité écologique ne s’arrête pas à l’achat, elle se prolonge jusqu’à la gestion consciente de la fin de vie du produit, qui passe par un démantèlement et un tri rigoureux.
Quand vaut-il mieux une monture plastique fabriquée en France qu’une bambou venue de Chine ?
La réponse à cette question est au cœur de la déconstruction du greenwashing : presque toujours. L’intuition nous pousse à croire qu’un matériau « naturel » comme le bambou est intrinsèquement supérieur à un « plastique » comme l’acétate. C’est une vision simpliste qui ignore les deux variables les plus importantes de l’équation d’impact écologique : la durabilité du produit et le coût carbone de son transport. Une monture en bambou d’entrée de gamme, importée de Chine, peut sembler vertueuse à l’achat, mais si sa faible qualité de fabrication la rend fragile, qu’elle se casse ou se déforme après deux ans, son bilan écologique devient désastreux. L’achat de quatre montures en bambou sur une période de huit ans aura un impact bien plus lourd que l’achat d’une seule monture de qualité, même en plastique, gardée pendant la même durée.

L’analyse du cycle de vie (ACV) le confirme. Une monture en acétate recyclé, fabriquée en France par un artisan qui respecte les normes sociales et environnementales, a une empreinte carbone initiale peut-être plus élevée au niveau du matériau, mais son impact global est dilué sur sa longue durée de vie. Le transport est minimisé, l’économie locale est soutenue, et surtout, la qualité de fabrication assure sa longévité.
Analyse comparative de l’impact carbone : durabilité vs. origine
L’exemple du fabricant français Paragraphe, labellisé Origine France Garantie, est éclairant. En utilisant 40% d’acétate recyclé certifié, il propose des montures conçues pour durer. Une analyse comparative montre qu’une seule de ses montures, conservée 8 ans, génère un impact carbone annuel nettement inférieur à celui de quatre montures en bambou bas de gamme importées et changées tous les deux ans. Cette étude de cas démontre que la durabilité est un levier écologique bien plus puissant que la seule nature du matériau brut.
Comme le résume Sébastien Bétend, créateur de la marque OpSB, « Le Made in France est un réel parti pris écologique. Une monture fabriquée en France sera plus facilement réparable par un opticien français, prolongeant sa durée de vie ». La réparabilité et l’accès à un service après-vente local sont des composantes essentielles de la consommation durable, souvent absentes des produits importés à bas coût.
L’acte écologique le plus significatif est donc de choisir une monture de qualité, qu’on aimera et gardera longtemps, et qui pourra être réparée si besoin. C’est le contre-pied total de la fast-fashion appliquée à la lunetterie.
Comment l’Europe va-t-elle imposer un pourcentage de matière recyclée dans les montures ?
L’Union Européenne est en train de changer les règles du jeu avec une nouvelle réglementation ambitieuse : l’ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation). Son objectif est de mettre fin à l’opacité et de rendre les produits plus durables, réparables et recyclables. Pour le secteur de l’optique, cela signifie la fin des allégations floues. L’un des outils phares de cette directive est le Passeport Numérique Produit (DPP). Il s’agit d’une sorte de carte d’identité numérique, accessible via un QR code sur le produit, qui fournira des informations détaillées et vérifiées sur sa composition, son origine, sa réparabilité et, surtout, le pourcentage de matière recyclée qu’il contient.
Cette transparence forcée va pousser les fabricants à revoir leurs processus. Fini le simple « contient des matières recyclées » ; il faudra prouver la proportion exacte et la source de ces matières. Selon les analyses, la directive ESPR imposera dès 2025 une transparence totale sur la composition des lunettes via ce passeport. Si des quotas minimaux de contenu recyclé ne sont pas encore fixés pour tous les produits, l’ESPR donne à la Commission le pouvoir de le faire pour des catégories spécifiques, comme les plastiques. L’optique sera inévitablement concernée. Cela va créer une pression énorme pour développer des filières de recyclage efficaces et garantir la qualité des matières premières secondaires.
Cependant, l’intégration de contenu recyclé dans des montures de lunettes présente des défis techniques majeurs. Il ne suffit pas de fondre de vieux plastiques. Il faut s’assurer que le matériau final soit stable, solide et surtout, non-allergène. La traçabilité est clé pour garantir l’absence de substances nocives, un enjeu de santé publique pour un objet porté à même la peau. Les fabricants devront donc investir massivement en R&D pour surmonter ces obstacles et créer des standards de test fiables pour ces nouveaux matériaux composites.
Checklist pour évaluer la crédibilité écologique d’une monture
- Origine & Transport : Le matériau est-il local ou importé de loin ? Vérifier le label « Origine France Garantie » ou équivalent.
- Durabilité & Réparabilité : La monture semble-t-elle robuste ? La marque propose-t-elle des pièces de rechange (branches, plaquettes) ? L’opticien peut-il l’ajuster et la réparer facilement ?
- Transparence de la filière : La marque communique-t-elle précisément sur ses fournisseurs et ses processus de fabrication (ex: Passeport Numérique Produit) ?
- Analyse des allégations : Le terme « biosourcé » est-il confondu avec « biodégradable » ? Si la monture est « recyclée », quelle est l’origine exacte des déchets (ex: filets de pêche vs. déchets non identifiés) ?
- Fin de vie : La marque propose-t-elle un programme de reprise ou de recyclage ? Les différents composants sont-ils facilement démontables pour le tri ?
Pour le consommateur, cette évolution est une excellente nouvelle : elle lui donnera enfin les outils pour faire des choix basés sur des faits vérifiables, et non plus sur des promesses marketing.
Comment transformer des verres solaires en bijoux ou objets d’art ?
Si les montures font l’objet de nombreuses initiatives de recyclage, les verres, surtout s’ils sont rayés ou à la mauvaise correction, sont souvent les grands oubliés. Pourtant, leur potentiel créatif est immense. L’upcycling, ou surcyclage, consiste à transformer ces objets en fin de vie en produits de valeur supérieure. Avec un peu de créativité et les bons outils, des verres solaires usagés peuvent devenir des bijoux uniques ou des éléments décoratifs originaux. La technique à employer dépendra principalement de la nature du verre : minéral (plus lourd et cassant) ou organique (plastique type polycarbonate ou CR-39, plus léger et résistant).
Les verres minéraux, bien que plus rares aujourd’hui, peuvent être gravés, polis ou découpés avec des outils de type Dremel équipés de meules diamantées pour créer des pendentifs, des incrustations pour des boîtes ou des tesselles de mosaïque. Leur brillance naturelle et leur résistance aux rayures en font un matériau de choix pour la bijouterie. Les verres organiques, plus courants, sont plus faciles à travailler. Le polycarbonate peut être percé avec une mèche fine pour devenir une boucle d’oreille, ou découpé à la scie à métaux pour créer des formes géométriques. Le CR-39, quant à lui, peut être légèrement thermoformé avec un pistolet thermique pour lui donner des formes courbes et sculpturales.
Le tableau suivant résume les possibilités créatives en fonction du matériau de vos anciens verres solaires.
| Type de verre | Techniques possibles | Outils nécessaires | Applications créatives |
|---|---|---|---|
| Verre minéral | Gravure, polissage, découpe | Dremel avec meule diamantée | Pendentifs, mosaïques |
| Polycarbonate | Perçage, découpe, thermoformage léger | Perceuse fine, scie à métaux | Boucles d’oreilles, sculptures |
| CR-39 organique | Chauffage pour mise en forme | Pistolet thermique, moules | Éléments décoratifs courbes |
Quand les verres deviennent des œuvres d’art : l’initiative La Binocle
Certaines associations ont fait de cette valorisation leur spécialité. L’association La Binocle, par exemple, collabore avec des artistes qui transforment les verres optiques non réutilisables en véritables œuvres d’art. Les verres cassés sont minutieusement polis pour être montés en bijoux, tandis que les verres intacts mais démodés sont assemblés pour créer des vitraux contemporains ou des installations lumineuses jouant avec les couleurs et les corrections. Cette démarche prouve que même un objet aussi spécifique qu’un verre correcteur peut trouver une seconde vie esthétique et artistique.
Cette approche est l’expression ultime de l’économie circulaire : non seulement éviter le déchet, mais aussi créer de la beauté et de la valeur à partir de ce qui était destiné à être jeté.
À retenir
- La durabilité, la réparabilité et la production locale sont des critères écologiques plus importants que la simple origine « naturelle » d’un matériau.
- « Biosourcé » ne signifie pas « biodégradable » dans des conditions domestiques. Le démantèlement et le tri restent nécessaires pour une fin de vie propre.
- La réglementation européenne (ESPR) va imposer plus de transparence via un Passeport Numérique Produit, rendant les choix des consommateurs plus faciles et mieux informés.
Recyclage lunettes : que faire de vos vieilles paires rayées ou cassées ?
Chaque année, des millions de paires de lunettes finissent au fond d’un tiroir ou, pire, dans la poubelle des ordures ménagères. Pourtant, même cassées ou démodées, elles représentent une ressource précieuse. La première option, si elles sont encore en bon état, est le don à des associations humanitaires comme Medico Lions Clubs de France ou Lunettes Sans Frontière, qui les nettoient, les trient et les redistribuent à des personnes dans le besoin à travers le monde. Mais que faire des paires réellement en fin de vie, avec des montures cassées et des verres trop rayés ? C’est là qu’interviennent les filières de recyclage spécifiques.
De nombreuses enseignes d’optique ont mis en place des points de collecte en magasin. Le programme « Revue » d’Optic 2000, par exemple, a permis de récupérer une quantité considérable de montures. Depuis 2022, ce sont plus de 1,9 millions de montures collectées, soit 44 tonnes, qui ont été triées pour être soit données, soit recyclées. Pour que ce recyclage matière soit efficace, un démantèlement préalable est idéal. Il s’agit de séparer les différents composants : les verres, les plaquettes, les manchons des branches et la monture elle-même. Cette action simple permet d’orienter chaque matériau vers la bonne filière et d’optimiser sa valorisation.
RecyclOptics : la première filière 100% française
Créée en 2021 par Carole Riehl, l’association RecyclOptics a structuré une filière de recyclage complète et transparente en France. Elle fournit aux opticiens partenaires des colis réutilisables pour la collecte, évitant ainsi des déchets d’emballage supplémentaires. Les lunettes collectées sont ensuite triées par des travailleurs en situation de handicap à l’ESAT de Dourdan. Les montures en plastique sont broyées par l’entreprise Reviplast pour devenir une nouvelle matière première, tandis que les métaux sont envoyés en fonderie. Cette initiative montre qu’une économie circulaire, locale et solidaire est possible pour les produits optiques.
La meilleure attitude à adopter est donc de ne jamais jeter ses lunettes à la poubelle. Rapportez-les systématiquement à votre opticien. Il saura vous dire s’il participe à un programme de collecte et comment vos vieilles paires seront valorisées, que ce soit par le don, la réparation ou le recyclage matière.
Pour faire un choix véritablement éclairé lors de votre prochain achat, appliquez cette grille d’analyse et privilégiez toujours la transparence de la filière et la durabilité du produit. C’est le geste le plus impactant pour votre portefeuille et pour la planète.
Questions fréquentes sur les lunettes écologiques
Quelle est la différence entre biosourcé et biodégradable ?
Biosourcé signifie que l’origine de la matière première est végétale ou animale. C’est une indication sur le début du cycle de vie. Biodégradable signifie que le matériau peut se décomposer sous l’action de micro-organismes, mais cela se produit le plus souvent uniquement dans des conditions de compostage industriel spécifiques (température, humidité), et non dans un compost domestique.
Mes lunettes en bois peuvent-elles aller au compost domestique ?
Non, absolument pas. Même si le bois est un matériau naturel, les montures de lunettes sont traitées avec des colles époxy, des vernis polyuréthane pour les protéger de l’humidité et de la sueur, et contiennent des composants métalliques comme les charnières et les vis. Ces éléments ne sont pas biodégradables et pollueraient votre compost.
Quelle est la bonne filière pour mes lunettes ‘écologiques’ ?
Cela dépend du matériau principal. Une monture en Rilsan (polyamide 11) peut potentiellement aller dans le bac de tri si votre municipalité l’accepte. Une monture en bois doit être dirigée vers une filière de valorisation bois-énergie après avoir retiré les parties métalliques. Une monture en bio-acétate suit la même filière que l’acétate classique. Dans tous les cas, le plus simple et le plus sûr est de rapporter vos anciennes lunettes à un opticien participant à un programme de collecte.